Récemment, l’équipe d’ICOM’Provence a eu le plaisir d’intervenir auprès des futurs conservateurs territoriaux des bibliothèques à l’INET. Cette rencontre a été l’occasion de partager nos retours d’expérience et d’ouvrir une réflexion collective sur l’accessibilité numérique au sein de nos espaces de médiation.
Loin de nous l’idée de détenir des vérités générales ou des solutions clés en main. Mais nous avons souhaité apporter notre vision de l’inclusion comme un cheminement : un pas après l’autre, sans jamais se dire que la destination est atteinte. À travers cet article, nous vous proposons une boussole : des questions essentielles à se poser avant de se lancer, pour éviter les pièges classiques que nous avons pu recenser, et construire des espaces les plus accueillants possible.
L’accueil de personnes à besoin spécifique va demander quelques ajustements pour que l’environnement proposé ne les place pas en « situation de handicap ». Dans le cas (notamment) d’une salle informatique, ces adaptations seront appelées des aides techniques.
Qu’est-ce qu’une aide technique ?
Dans le cas présent, une aide technique n’est pas nécessairement un équipement lourd. Elle peut être logicielle, matérielle (comme un clavier à grands caractères ou une plage Braille), ou correspondre tout simplement à un paramétrage du système d’exploitation ou à une méthode d’accompagnement spécifique.
On distingue généralement deux réalités :
- Les aides simples et universelles : Gratuites, souvent intégrées nativement dans les appareils (comme les thèmes de contrastes inversés « Désert » ou « Ciel nocturne »).
- Les aides spécialisées : Plus coûteuses, parfois complexes à installer, et pas toujours compatibles avec tous les dispositifs.
Face à cette diversité, par où commencer ?
4 conseils pour guider votre projet d’espace numérique inclusif :
1. Communiquez en toute transparence sur votre niveau d’accessibilité
Vouloir une salle 100 % accessible dès le premier jour est un idéal. Mais ceci n’est pas faisable en quelques jours. Il faut bien évidemment tendre vers cette accessibilité, mais en attendant, l’honnêteté envers vos usagers change tout et sera déterminante : Posez-vous ces questions et affichez-en clairement les réponses :
- La salle est-elle physiquement accessible aux personnes à mobilité réduite (PMR)?
- Les usagers peuvent-ils régler eux-mêmes les paramètres des postes (contrastes, zoom)?
- Est-il possible de brancher son propre matériel de compensation ? Si oui, via quelles connectiques (USB, jack, etc.)
- Quels logiciels et aides techniques sont déjà disponibles sur place?
Ces réponses permettront à chacun de pouvoir pré-identifier le niveau d’accessibilité de votre salle informatique. C’est aussi un outil pour évaluer ce qu’il reste à faire de votre coté pour être plus inclusif !
2. Misez sur la variété et la modularité
Plutôt que d’uniformiser votre parc informatique, cherchez la diversité.
Exemple concret : Si une médiathèque fige les postes et bloque les comptes utilisateurs (empêchant de modifier les contrastes), il lui faudrait théoriquement installer au moins 4 ordinateurs différents pour couvrir les principales formes de daltonisme, pour un résultat très peu convaincant.
La solution ? Laissez la liberté de paramétrage aux utilisateurs, variez les systèmes d’exploitation et les connectiques, et surtout : investissez dans la formation humaine. Une assistance qualifiée sur place vaut toutes les technologies du monde.
3. Pensez « universel » dès le début du projet
C’est une pratique que l’on constate régulièrement sur le terrain: concevoir une salle entièrement dédiée à une seule typologie de handicap (par exemple, la déficience visuelle). Cela peut avoir du sens, si ce projet est construit avec une association spécialisée et ses usagers. Mais si ce n’est pas le cas :
- Le risque : L’investissement initial peut être lourd. Le budget se retrouve bloqué pour les autres besoins, le matériel ultra-spécifique est parfois sous-utilisé, et cela occulte le fait qu’une personne malvoyante peut aussi présenter d’autres troubles associés.
- La démarche : Évitez de vous enfermer dans une seule gamme de solutions exclusives. Avancez pas à pas en choisissant des outils polyvalents.
4. Ne restez pas seuls : appuyez-vous sur les experts du terrain
Le projet parfait sur papier se confronte toujours à la réalité des usages. Pour ne pas vous tromper, sollicitez l’écosystème spécialisé dès la genèse de votre projet:
- Les ergothérapeutes, qui évaluent les besoins réels d’accès aux outils et préconisent le matériel juste.
- Les associations d’usagers et les réseaux d’experts (comme le réseau RECIAN !).
En conclusion
Aménager un espace numérique inclusif ne demande pas de trouver des réponses magiques, mais d’accepter de se poser les bonnes questions tout au long du projet. En combinant modularité technique et accompagnement humain qualifié, les bibliothèques s’assurent de devenir ce qu’elles ont toujours eu vocation à être : des espaces pour toutes et tous.
