1. Pourquoi cette démarche et comment nous travaillons
Nous expérimentons depuis quelques années l’impression 3D pour faire gagner de l’autonomie à nos usagers, en nous inscrivant dans le réseau des RehabLab.
Notre RehabLab réunit deux expertises complémentaires :
- L’ergothérapeute, qui analyse les personnes ayant des limitations dans leurs capacités physiques ou psychosociales en adaptant leurs activités, leurs outils et leur environnement, afin de leur permettre de retrouver leur autonomie, leur rôle social et une vie quotidienne satisfaisante.
- Le médiateur numérique, qui maîtrise la conception sur ordinateur (CAO), l’impression 3D et les méthodes pédagogiques pour accompagner l’usager dans l’utilisation de ces technologies.
Après une première expérience auprès des personnes en situation de handicap, nous avons étendu notre méthode aux personnes âgées. Ceci est encore en cours d’expérimentation, mais nous pouvons vous partager notre protocole ainsi que quelques exemples concrets.
Notre protocole d’accompagnement en 4 étapes
| Phase | Intervention de l’ergothérapeute | Intervention du médiateur / conseiller numérique |
|---|---|---|
| 1. Évaluation et diagnostic | Évalue les capacités et incapacités dans le quotidien ainsi que le besoin réel d’une aide technique imprimée en 3D, sinon conseille une adaptation ou une aide technique du commerce. | Explique le fonctionnement de l’impression 3D, les possibilités techniques, les matériaux et les volumes. |
| 2. Analyse du besoin et conception | Rédige le cahier des charges : contraintes exprimées, caractéristiques spécifiques de l’aide technique, fréquence et durée d’utilisation, échéance souhaitée du projet, matière(s) et motivation du choix, données d’entrée de la pièce 3D, croquis et/ou photos. | Cherche un modèle existant dans les bases de données ou conçoit l’objet sur-mesure sur ordinateur. Aide l’usager à participer à la conception technique. |
| 3. Prototypage et tests | Réalise l’essai du prototype en condition écologique avec la personne (vérification du geste, des douleurs et de la fatigue) et prend en compte les retours pour d’éventuelles modifications. | Imprime une première version rapide en plastique et ajuste les dimensions du fichier 3D selon les retours. |
| 4. Validation et mise en service | Valide l’utilisation en autonomie et transmet les consignes de sécurité. | Imprime la version définitive, contrôle les points de vigilance de l’aide technique finale et la réponse au cahier des charges initial. |
2. Analyses de cas concrets et démarches d’essais
Cas n°1 : Aide technique pour la prise de médicaments en autonomie (Déblisteur de médicament sur-mesure)
- Le besoin initial : Une personne présente des difficultés de préhension dans un contexte douloureux lors de la prise pouce-index (la pince). Autonome pour les activités de la vie quotidienne sauf la prise des médicaments, elle n’arrive plus à sortir les comprimés de leurs emballages en aluminium et doit solliciter une aide extérieure (famille, amis, voisinage, etc.).
- Les 3 étapes de résolution :
- Essai 1 (Modèle standard téléchargé) : Impression d’un petit outil classique qui reprend le principe des aides techniques du commerce. Résultat : Échec. Le principe nécessite toujours une prise pince que la personne ne peut plus du tout utiliser. Cela a permis de conclure que les aides vendues dans le commerce ne sont pas adaptées et qu’il faut utiliser un autre moyen grâce à l’impression 3D.

- Essai 2 (Système repris sur la prise de la pince à long manche) : Au fil des discussions, la personne évoque l’utilisation d’une pince à manche. En parcourant les bases de données spécifiques, nous trouvons un modèle téléchargeable adaptant le principe de la pince à manche sur un déblisteur. Résultat : Le principe est validé, mais la personne souhaite un manche plus gros et une compatibilité avec tous ses types de médicaments.

- Essai 3 (Modèle sur-mesure) : Prise en compte des retours de l’utilisatrice. En gardant le principe précédent, nous avons créé une aide technique avec un manche élargi pour s’appuyer sur la paume. Nous avons ajouté une plaque avec différentes formes adaptées aux médicaments de la personne. Le principe et l’utilisation ont été validés avec succès.

Cas n°2 : Sécuriser et faciliter la préparation des repas
- Le besoin initial : Un usager présente des difficultés pour maintenir les légumes et utiliser un couteau ou un éplucheur, ce qui rend la préparation des repas difficile et dangereuse. L’usager a déjà utilisé une planche à découper adaptée du commerce mais en est insatisfait : le nettoyage des clous s’avère compliqué, et l’utilisation tout comme l’orientation du couteau posent problème.
- Solution apportée : Adaptation d’un modèle open-source (réseau RehabLab / Kerpape). Fabrication d’une planche équipée de modules de calage et de fixation.
- Résultat obtenu : L’usager bloque ses légumes en toute sécurité sans forcer, se fatigue moins et retrouve le plaisir de cuisiner. Le petit + : Il existe des modules supplémentaires pour aider à râper les aliments, avoir l’huile et les épices à proximité ou aider à verser. Ces modules pourront être testés ultérieurement.

Cas n°3 : Maintien de l’autonomie lors des repas
- Le besoin initial : Serge éprouve des difficultés à tenir des objets qui ont un manche fin.
- Solution technique : Nous avons créé des manches grossis et adaptés aux capacités de préhension de Serge, dans lesquels viennent se glisser ses couverts habituels. Pour la collectivité, son prénom « SERGE » a été gravé dans la matière (PETG lavable) afin d’éviter toute perte.

3. Ce que nous retenons de cette expérience
La mutualisation : Le partage des fichiers 3D (format open-source) permet à d’autres établissements de reproduire ces solutions pour leurs usagers.
Créer AVEC la personne évite l’abandon de l’aide technique : Faire tester la personne dès la version prototype permet d’ajuster l’objet à ses besoins réels et d’assurer son adoption.
La complémentarité des métiers : L’ergothérapeute apporte son expertise clinique (analyse des difficultés dans les activités du quotidien, expertise en aide technique, mise en situation écologique), tandis que le conseiller numérique apporte la réponse technique de fabrication et l’accompagnement pédagogique adéquat.
